Bertrand Cantat sort “Horizons”

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Un album noir et terriblement émouvant

Vu que la promotion risque d’être minimale pour raisons extra-musicales, la chronique de l’album sera le seul moyen pour le public d’apprendre l’existence de cet ovni, le premier disque du chanteur de Noir Désir après le split conflictuel du “plus grand groupe de rock français”.

Et le désir est effectivement à mille lieux de cet album janséniste, d’une noirceur qui lui rendra impossible l’accès aux grands réseaux radio. Pourtant, au-delà des considérations commerciales, ce premier opus signé Détroit est une belle réussite. Cette “essence complice qui s’immisce” en Cantat dans le premier titre (”Ma Muse”) donne le ton pour la suite, un arôme poétique qui devrait permettre d’éviter les analogies avec la sombre réalité.

Au-delà du contexte

Mais est-il possible d’y échapper ? Quand le chanteur s’adresse à un ange anonyme dans le très épidermique “Ange De La Désolation”, comment ne pas penser à celle qui fut sa dernière obsession ? “Dors mon ange de désolation, rien ne pourra jamais nous enlever nos frissons” est une formule terrible, qui sera retenue à charge par tous ceux qui chercheront du sens (et de l’indécence) aux paroles de Cantat. Pourtant, sans ce contexte tragique, que ce morceau est beau, émouvant, dense. “Et tu m’emmèneras”, ajoute Cantat.

Le travail de Pascal Humbert, qui coréalise l’album avec le programmateur Bruno Green et le chanteur, consiste à construire un terrain musical semblable à une toundra sauvage, surplombé par des sombres nuages avec, tout au dessus, la voix de Cantat qui écrase le paysage. Il n’est pas anodin de remarquer que le seul moment où les paroles disparaissent (ou plutôt s’effacent) devant la musique est sur “Le Creux de Ta Main”, un “interlude” Noir Désir, seul titre qui rappelle le rock bordelais du combo disparu.

Une œuvre artistique, simplement

Le reste du temps, les textes sont en avant, très en avant, comme sur un album de chansons. On trouve deux titres en anglais, “Glimmer In Your Eyes” et le nouveau single “Null And Void”, où la formule “Call me a computer illiterate” fait penser aux Pet Shop Boys, qui chantaient : “I’m a bilingual illiterate.” Musicalement, on pense plus à Radiohead, du néo rock prog, cérébral et tourmenté.

Autre belle réussite, “Horizons” qui parle de la prison, avec son ciel barbelé et ses chiens ninja, dans un “tunnel sous la cour des cent pas éternels, éternellement enfoui derrière la porte close”. Pour celui qui passa quatre ans en détention, “le rythme carcéral passe par la tuyauterie, un dialogue de misère pour dire qu’on est encore en vie”.

Au final, un seul regret : que ce disque ne soit pas simplement une œuvre artistique, mais réveille pour certains des fantômes assoupis depuis dix ans. Pour reprendre une formule de “Ma Muse” : “Les braises incandescentes sont encore sous la cendre froide.”

Olivier Cachin

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